Ardeur
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Ardeur
Il n’y a pas un instant dans le temps qui jalonne notre pratique où l’on ne s’observe, se compare, s’évalue et cela dans le grand dédale des consignes. On dissimule ses soupirs, on se plaint en sourdine. Impassible, on jubile au petit trou dans le papier.
On s’écarte du vrai progrès.
Il nous fut dit :
« Ne pense pas à faire des progrès » ou une autre fois « comment faire des progrès ».
Enseignement exprimé d’une fermeté toute féminine comme aimait le faire nos professeurs, dans leur âge mûr de toute une vie de pratique.
Souvent sous nos contrées, ce qui ne sonne pas fort ni argumenté, s’efface sans être respecté.
Mystérieuse information, j’en conviens. Toute paradoxale, elle demande une certaine réflexion.
On pourrait approfondir, se poser des questions, « agir des méninges ». La plupart du temps le pratiquant démissionne et oublie la suggestion dans une attitude confortable de l’isolement et de l’indépendance. Il y reviendra peut-être 10 ou 15 ans plus tard, s’il a la chance de s’en souvenir ou la bonne fortune que le professeur veuille bien le redire. Peut-être à ce moment-là n’était-il pas prêt tout simplement à entendre cela.
Ainsi la mémoire s’affirme en atout.
Pourtant l’évolution, ne s’exprime pas toujours en terme d’augmentation de nos succès.
Nous pourrions respecter nos échecs, trésors bien trop négligés.
L’émotion qui s’en dégage s’inscrit trop souvent en tragédie et elle demeure longtemps comme une plaie virulente et poisseuse alors que le revers, le déboire sert de moteur pour nous impliquer, nous aventurer plus.
Point linéaire se déroule notre cheminement, ni la poursuite d’une plus-value, d’un accroissement de nos scores, ou de résultats déjà trop infectés, laissons cela aux idéologies de l’économie consommatrice des gains à perpétuité. De toute façon, le temps rempli de son impermanence se chargera bien de chambouler nos programmations de stratégie du progrès. Merci à lui !
Depuis déjà trop longtemps, la terre souffre de cette idéologie trop ancrée en nous. On pratique justement pour s’en détacher afin que notre espace puisse se consacrer à sa mission primordiale. Nombreux sont ceux qui refuseront cela, trop conditionnés, rigides et attachés
seulement à l’exotisme de l’étude.
Le glorieux va se situer dans l’ardeur de la répétition, dans cette joie vivante à trébucher, à se relever vaillant, hardi et intrépide. Oui il nous faut pratiquer la voie, celle qui a bien voulu s’installer sur notre chemin de vie. Et dans une grande attention, la regarder avec gratitude de s’être mis en travers de ce chemin commun, stéréotypé et sans issue.
Vous pourriez peut-être dire un jour comme je le dis pour moi même :
« Elle m’a sauvé ! »
Cette piste, ce passage, naquit d’une passion instinctive. Nos maitres, l’ont débroussaillée, explorée, réalisée parfois et nous l’offre maintenant.
Remplie d’un cœur immense, centre spacieux des créativités aimantes et d’une humanité réelle, visible et invisible, prenons la route, suivons son sillage et fructifions-le en pratiquant encore et encore.
Elle se nomme, Vigilance, Engagement, Respect, Mémoire…
Ces qualités, fondement de la voie, imprègnent nos gestes. Le processus se déroule construisant en nous peu à peu cet espace libre, créatif et bientôt joyeux.
« L’échec est le fondement de la réussite »
Lao Tseu
La vigilance
Elle se répand autour de nous du dedans vers le pourtour en traversant notre peau. Si le regard y contribue, il s’érige comme une entrave, car celui-ci stagne les yeux morts, trop dépendants d’un mental la plupart du temps rempli d’illusions et de croyances.
La vigilance, se construit par une avancée du dos que nous emploierons au fil du temps à élargir. ( H i b i k i ) Ainsi de cette sensation, l’intuition grandira.
Un pas, disions-nous, un bel appui rempli de politesse et de gentillesse. Le pied se déroule et s’il n’est point encore ami de la terre, sa plante en complice recevra cette nourriture que le sol dispense à tous sans restriction. « la Plante » quel joli mot …. Un écho.…
Alors, la vigilance apparait, pointe, grandit, se manifeste par un regard intérieur qui jaillit d’un silence instruit de lui-même, une ouverture libre des apparences.
« La chute n’est pas un échec, l’échec
c’est de rester là où l’on est tombé »
Socrate
L’engagement
Quelle belle audace, si tenace, se lever tous les matins comme un soleil entreprenant et pouvoir sortir d’un confort agréable mais si périlleux. Armé de courage, on dépose les choses trop bien éduquées, prudentes et flatteuses.
Les grands artistes diffusent leur engagement dans leur œuvre qui nous tirent dans le monde nourrissant de l’imagination.
Ainsi nous nous frottons dans les mouvements de la pratique en nous jetant dans ses règles et en améliorant leur vécu.
Sans jamais abdiquer il se teinte de tendresse avec l’âge tel un élixir de jeunesse.
« Les échecs, c’est La pierre de touche de l’intelligence »
Goethe
Le respect
Dans le grand monde des Vertus, le respect possède une place immense et privilégiée.
Noble dame, une Reine-Mère imprègne l’étude. Sans Elle, sur un terrain tout plat, sans engagement, sans dévouement, rien nous ne pousse vers des hauteurs insoupçonnées.
D’innombrables petites attentions s’écoulent. Un mélange de vigilance…de mémoire…de promptitude, de gratitude bondissante et chaleureuse, où l’on se sent protecteur, innocemment protecteur, désintéressé et aimant. Le respect prévoit, anticipe, jamais dans une forme ni un apparat.
Le grand respect, l’immense respect deviendra cette présence à chaque chose et chaque instant de nous même dans une révérence à l’invisible, un hommage à l’insignifiant, toujours du coté de l’amour.
La capacité imaginative de se mettre à la place de quelqu’un et même de pouvoir s’y glisser pudiquement comme un rai de lumière à la tombée du jour. Cela devient une manière de vivre.
« Je ne perds jamais, soit je gagne soit j’apprends »
Nelson Mandela
La mémoire
Nous savons tous qu’avec l’âge, la mémoire décline. Notre monde moderne abrite de plus en plus ces altérations du mental où les empreintes s’effacent dans un désert de solitude.
Cultiver sa mémoire en appliquant encore et encore toutes les instructions par une attention extrêmement pointue, sincère et surtout sans y rajouter son analyse ou sa traduction.
« Le succès c’est d’aller d’échecs en échecs sans perdre son
enthousiasme »
Humanité
Et quand la vieillesse s’abat inexorablement sur notre corps, nous continuons à baigner dans la danse choisie.
Alors, dégageons sur notre entourage tout le flamboiement attentionné d’une vie passionnée.
Que ta valse exaltée ne serve à rien
Que tes prières bercent les étoiles endormies
Que les grains d’or de ton chapelet
Fondent sous tes doigts ardents
Bouge emporté par l’admirable rêve éclos
Tourne comme un soleil, jamais levant, jamais couchant
Remplis toi, sans gloire aucune
Appelle et ne garde rien
Ourse Papillon
