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Inspirations

Juste un petit mot

Je est un autre

Je est un autre

 

Car je est un autre. Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. Cela m’est évident : j’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute je lance un coup d’archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeur ou vient d’un bond sur la scène.

Si les vieux imbéciles n’avaient pas trouvé du Moi que la signification fausse, nous n’aurions pas à balayer ces millions de squelettes qui, depuis un temps infini ont accumulé les produits de leur intelligence borgnes, en se clamant les auteurs!

La première étude de l’homme qui se veut être poète est sa propre connaissance entière. Il cherche son âme , il l’inspecte, il l’apprend. Dès qu’il la sait, il doit la cultiver; cela semble simple, en tout cerveau s’accomplit un développement naturel, tant d’égoïstes se proclament auteurs, il en est bien d’autres qui s’attribuent leurs progrès intellectuel !

Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant.

Arthur Rimbaud


Ce texte de Rimbaud où vous pourriez remplacer « poète » par « archer » « pratiquant » ou « méditant »

Ce texte pour nous ouvrir à l’inconnu existant, comme nous avons bien voulu le faire en trinquant sur un avenir à inventer.

Ce texte pour égayer les mots que vous avez bien voulu partager.

Ce texte qui peuvent éclairer les miens quand je me suis adressé à vous après votre partage.

Ce texte pour rétablir au naturel, ce ventre qui reculait au fur et à mesure que je vous percutais de vent et de feu.

Ce texte pour oublier ces habitudes de refermer sa poitrine devant mes incongruités.

Ce texte pour réduire nos « intelligences borgnes »

Et grandir d’amour, de respect, de vigilance et d’ouverture.

🦋 yusen 🐻

Ardeur

Il n’y a pas un instant dans le temps qui jalonne notre pratique où l’on ne s’observe, se compare, s’évalue et cela dans le grand dédale des consignes. On dissimule ses soupirs, on se plaint en sourdine. Impassible, on jubile au petit trou dans le papier.
On s’écarte du vrai progrès.

Il nous fut dit :
« Ne pense pas à faire des progrès » ou une autre fois « comment faire des progrès ».
Enseignement exprimé d’une fermeté toute féminine comme aimait le faire nos professeurs, dans leur âge mûr de toute une vie de pratique.

Souvent sous nos contrées, ce qui ne sonne pas fort ni argumenté, s’efface sans être respecté.
Mystérieuse information, j’en conviens. Toute paradoxale, elle demande une certaine réflexion.
On pourrait approfondir, se poser des questions, « agir des méninges ». La plupart du temps le pratiquant démissionne et oublie la suggestion dans une attitude confortable de l’isolement et de l’indépendance. Il y reviendra peut-être 10 ou 15 ans plus tard, s’il a la chance de s’en souvenir ou la bonne fortune que le professeur veuille bien le redire. Peut-être à ce moment-là n’était-il pas prêt tout simplement à entendre cela.
Ainsi la mémoire s’affirme en atout.
Pourtant l’évolution, ne s’exprime pas toujours en terme d’augmentation de nos succès.
Nous pourrions respecter nos échecs, trésors bien trop négligés.
L’émotion qui s’en dégage s’inscrit trop souvent en tragédie et elle demeure longtemps comme une plaie virulente et poisseuse alors que le revers, le déboire sert de moteur pour nous impliquer, nous aventurer plus.

Point linéaire se déroule notre cheminement, ni la poursuite d’une plus-value, d’un accroissement de nos scores, ou de résultats déjà trop infectés, laissons cela aux idéologies de l’économie consommatrice des gains à perpétuité. De toute façon, le temps rempli de son impermanence se chargera bien de chambouler nos programmations de stratégie du progrès. Merci à lui !

Depuis déjà trop longtemps, la terre souffre de cette idéologie trop ancrée en nous. On pratique justement pour s’en détacher afin que notre espace puisse se consacrer à sa mission primordiale. Nombreux sont ceux qui refuseront cela, trop conditionnés, rigides et attachés
seulement à l’exotisme de l’étude.
Le glorieux va se situer dans l’ardeur de la répétition, dans cette joie vivante à trébucher, à se relever vaillant, hardi et intrépide. Oui il nous faut pratiquer la voie, celle qui a bien voulu s’installer sur notre chemin de vie. Et dans une grande attention, la regarder avec gratitude de s’être mis en travers de ce chemin commun, stéréotypé et sans issue.
Vous pourriez peut-être dire un jour comme je le dis pour moi même :
« Elle m’a sauvé ! »

Cette piste, ce passage, naquit d’une passion instinctive. Nos maitres, l’ont débroussaillée, explorée, réalisée parfois et nous l’offre maintenant.

Remplie d’un cœur immense, centre spacieux des créativités aimantes et d’une humanité réelle, visible et invisible, prenons la route, suivons son sillage et fructifions-le en pratiquant encore et encore.
Elle se nomme, Vigilance, Engagement, Respect, Mémoire…
Ces qualités, fondement de la voie, imprègnent nos gestes. Le processus se déroule construisant en nous peu à peu cet espace libre, créatif et bientôt joyeux.


« L’échec est le fondement de la réussite »
                                                      Lao Tseu

La vigilance

Elle se répand autour de nous du dedans vers le pourtour en traversant notre peau. Si le regard y contribue, il s’érige comme une entrave, car celui-ci stagne les yeux morts, trop dépendants d’un mental la plupart du temps rempli d’illusions et de croyances.
La vigilance, se construit par une avancée du dos que nous emploierons au fil du temps à élargir. ( H i b i k i ) Ainsi de cette sensation, l’intuition grandira.
Un pas, disions-nous, un bel appui rempli de politesse et de gentillesse. Le pied se déroule et s’il n’est point encore ami de la terre, sa plante en complice recevra cette nourriture que le sol dispense à tous sans restriction. « la Plante » quel joli mot …. Un écho.…

Alors, la vigilance apparait, pointe, grandit, se manifeste par un regard intérieur qui jaillit d’un silence instruit de lui-même, une ouverture libre des apparences.


« La chute n’est pas un échec, l’échec
c’est de rester là où l’on est tombé »
                                             Socrate

L’engagement

Quelle belle audace, si tenace, se lever tous les matins comme un soleil entreprenant et pouvoir sortir d’un confort agréable mais si périlleux. Armé de courage, on dépose les choses trop bien éduquées, prudentes et flatteuses.
Les grands artistes diffusent leur engagement dans leur œuvre qui nous tirent dans le monde nourrissant de l’imagination.
Ainsi nous nous frottons dans les mouvements de la pratique en nous jetant dans ses règles et en améliorant leur vécu.
Sans jamais abdiquer il se teinte de tendresse avec l’âge tel un élixir de jeunesse.


« Les échecs, c’est La pierre de touche de l’intelligence »
                                                                                  Goethe

Le respect

Dans le grand monde des Vertus, le respect possède une place immense et privilégiée.
Noble dame, une Reine-Mère imprègne l’étude. Sans Elle, sur un terrain tout plat, sans engagement, sans dévouement, rien nous ne pousse vers des hauteurs insoupçonnées.
D’innombrables petites attentions s’écoulent. Un mélange de vigilance…de mémoire…de promptitude, de gratitude bondissante et chaleureuse, où l’on se sent protecteur, innocemment protecteur, désintéressé et aimant. Le respect prévoit, anticipe, jamais dans une forme ni un apparat.
Le grand respect, l’immense respect deviendra cette présence à chaque chose et chaque instant de nous même dans une révérence à l’invisible, un hommage à l’insignifiant, toujours du coté de l’amour.
La capacité imaginative de se mettre à la place de quelqu’un et même de pouvoir s’y glisser pudiquement comme un rai de lumière à la tombée du jour. Cela devient une manière de vivre.


« Je ne perds jamais, soit je gagne soit j’apprends »
                                                           Nelson Mandela

La mémoire

Nous savons tous qu’avec l’âge, la mémoire décline. Notre monde moderne abrite de plus en plus ces altérations du mental où les empreintes s’effacent dans un désert de solitude.
Cultiver sa mémoire en appliquant encore et encore toutes les instructions par une attention extrêmement pointue, sincère et surtout sans y rajouter son analyse ou sa traduction.


« Le succès c’est d’aller d’échecs en échecs sans perdre son
enthousiasme »

Humanité

Et quand la vieillesse s’abat inexorablement sur notre corps, nous continuons à baigner dans la danse choisie.
Alors, dégageons sur notre entourage tout le flamboiement attentionné d’une vie passionnée.


Que ta valse exaltée ne serve à rien
Que tes prières bercent les étoiles endormies
Que les grains d’or de ton chapelet
Fondent sous tes doigts ardents

Bouge emporté par l’admirable rêve éclos

Tourne comme un soleil, jamais levant, jamais couchant

Remplis toi, sans gloire aucune

Appelle et ne garde rien

                                                               Ourse Papillon

Le respect

Une grande Humanité par un bref survol du respect…

Dans la sagesse populaire au Japon, il est néfaste pour un bébé que l’on parle de lui en sa présence, tout en l’ignorant.
En occident que de peines accumulées par le petit enfant qui se blinde devant ses parents alors que ceux-ci dévoilent à l’entourage les émotions intimes du bambin et cela en sa présence.
Les sketches humoristiques si en vogue de nos jours, se perdent souvent dans des vulgarités séduisantes car dans nos pays on aime à critiquer et affirmer nos raisons dans l’avidité à rire des autres.
La langue moderne avec ses profusions de « je » qui entament la phrase, favorise ces états d’effusion sans écouter. A la différence, quand le verbe conclue la tirade, on attend au moins que celle-ci se termine pour pouvoir y répondre.

Les grands clowns habillent de poésie leurs dérisions,
débarrassées des irrévérences.

Oui, le respect est dans le corps qui écoute, dans les yeux qui captent alors que l’on se tait autant dans sa tête que dans ses mots.
Il ne peut être un marchandage, car il embaume notre cœur, pour chaque chose sur laquelle on pose notre regard, surtout quand l’objet regardé n’est point répertorié par la société ou le groupe comme respectable.

L’écoute est courtoise, attentionnée, parfois pieuse et fidèle, toujours donnante.
Le respect est une manière de vivre sans avidité.
C’est la façon que l’on a, de s’offrir sans attendre un retour.

La peur ne peut l’habiter et dans ce cas le détériore. Si parfois un peu de crainte teinte le regard perplexe, celle ci peut s’ajouter au mystère de la relation.

Quand le silence monte, les effluves attentionnées circulent
et les intervalles tranquilles relient

Yusen 

Inspiration du mois

Les arbres et les herbes sont aussi la famille

【第1004回】 木も草も家族

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Ces derniers temps, je fais les techniques en bombant la poitrine, et je m’efforce également de marcher, ainsi que d’effectuer les gestes de la vie quotidienne, en bombant autant que possible la poitrine. Grâce à cela, l’efficacité des techniques lors des entraînements à deux au dōjō a considérablement changé. Mes mouvements des mains sont désormais optimisés et précis ; mes épaules, mon corps et mes mains se meuvent simultanément, et une force sans gaspillage peut désormais être produite.

Les effets du fait de bomber la poitrine ne se sont pas manifestés uniquement au dōjō. Ils se sont aussi révélés lors d’une découverte faite sur le chemin menant au dōjō. J’ai ainsi réalisé à nouveau que la pratique de l’aikido ne se limite pas au dōjō. Autrement dit, la pratique peut se faire partout et à tout moment, et elle doit l’être.

Je marchais donc en bombant la poitrine, mais la respiration effectuée avec la poitrine semble différente de la respiration abdominale pratiquée jusqu’à présent, et elle est assez difficile. En effet, la respiration abdominale se fait en expirant de manière ronde, tandis qu'avec la poitrine, l'inspiration est carrée. On inspire en formant un carré et on gonfle la poitrine. En m’habituant peu à peu à cette respiration carrée effectuée avec la poitrine, et en regardant les arbres et les herbes au bord de la route tout en respirant ainsi, ceux-ci m’apparaissent différents. Les plantes et les arbres qui entraient dans mon champ de vision me semblaient tous s’efforcer de toutes leurs forces de pousser vers le ciel.

Depuis longtemps déjà, je trouvais étrange le fait que je me tienne debout et marche sur la Terre : qu’est-ce qui rend cela possible, et pourquoi puis-je me tenir debout et marcher ? En regardant les plantes et les arbres autour de moi, j’en ai compris la raison.
Les êtres humains, comme les plantes et les arbres, et comme toutes les choses de l’univers, cherchent à grandir en direction du ciel. Non seulement les plantes et les fleurs entretenues, mais aussi les herbes sauvages qui semblent avoir été piétinées, tentent de s’élever vers le ciel. Voir tous ces êtres s’efforcer désespérément de croître dans la même direction est profondément émouvant. Moi aussi, je tends la tête vers le ciel et marche en posant les pieds sur le sol ; je suis du même ordre que les herbes, les arbres et les fleurs qui m’entourent, et j’ai ressenti concrètement qu’ils sont cette « famille » dont parlait O-Sensei. Et c’est là que l’amour est né. Un amour qui dit : faisons de notre mieux ensemble et souhaitons-nous une longue et heureuse vie.

J’ai alors réfléchi à la raison pour laquelle, à partir de la respiration avec la poitrine, j’en suis venu à ressentir de l’amour pour les plantes et à les considérer comme ma famille.
Tout d’abord, bomber la poitrine et respirer avec la poitrine correspond à ce que j’explore depuis longtemps : le  du Futomani-no-Mitama. Jusqu’à présent, je ne comprenais pas bien ce qu’était le , mais j’ai maintenant compris le rôle et l’importance de ce mitama. Autrement dit, par le  , l’âme entre dans la poitrine depuis le hara, et en inspirant en carré dans la poitrine, cette âme recouvre le corps ; c’est avec cette âme que l’on regarde les plantes et les arbres autour de soi. L’âme est amour. Avec la respiration du haku et avec les yeux du kenkai[1], on ne peut ni voir ni comprendre le sentiment des plantes et des arbres. C’est pourquoi, jusqu’à présent, je ne pouvais pas voir leurs sentiments ni leurs activités.

Si les plantes et les arbres deviennent une famille, alors toutes les choses de l’univers deviennent une famille. De même, le partenaire du keiko doit aussi faire partie de la famille. En effet, nous nous entraînons ensemble pour créer le paradis sur terre. À ce sujet, O-Sensei enseignait :

« Faire vivre chacun en lui permettant de trouver sa juste place, former un rassemblement en tant que grande famille universelle, et permettre à chacun de travailler comme une manifestation et une répartition du travail de l’activité de l’Un, tel est l’objectif de l’aikido et le grand esprit de la fondation de l’univers. »

Si l’on devait résumer le thème de cette fois en un mot, bomber la poitrine, c’est le , et cela signifie donner naissance à l’âme et à l’amour.

Sasaki Takashi

_

[1]     顕界, le monde visible ou manifeste.

Heiwa no Kokoro: Un coeur de Paix

平和の心

Motomichi Anno Sensei

…….

Isshokenmei : Dévouement. Engagement total. À quel point êtes-vous engagé ?
Nous devons essayer d’atteindre le niveau d’engagement d’O-Sensei. Sans dévouement, nous ne pourrons pas atteindre heiwa no kokoro – le cœur de la paix.

Tous les peuples du monde doivent devenir isshokenmei. Ce type d’engagement total est essentiel pour développer le cœur de la paix. Vous devez vous y consacrer. Quand vous le faites, les autres seront inspirés par votre exemple. Ils penseront : « Oui ! Moi aussi, je peux le faire. »
Cela inspirera la personne suivante, qui à son tour inspirera quelqu’un d’autre. Pour que le cœur de la paix naisse, il est important de diffuser cet esprit de dévouement dans le monde entier. C’est bien le but de ce thème pour la retraite d’été, n’est-ce pas ? Étudier ces idées et les mettre en pratique.

Ce que je veux vraiment vous dire à tous, c’est ceci : Parlez avec votre cœur. Parlez librement, à tout le monde. Dites ce que vous souhaitez le plus, ce vers quoi vous tendez, ce que vous recherchez. Pour que les gens vous entendent. Pour que vous soyez entendu. Alors, les autres pourront répondre avec leurs propres perceptions, ce qui vous aidera à mieux comprendre.

Keiko – la pratique – est essentielle. Dans la pratique, nous polissons et purifions notre propre cœur. Nous en venons à comprendre si nous recherchons vraiment la paix ou non, et le degré de notre engagement.

Ces jours-ci, je ne cesse de souligner l’importance d’être pleinement engagé. Engagement, et prière. Je pense que c’est l’essence de ce que j’ai appris d’O-Sensei : engagement total, et prière. C’était son kokoro, son cœur.

Alors, priez pour la paix. Faites une grande prière. Dai Uchu – le Grand Univers. La grande harmonie. Le grand effort. La grande prière.

La paix est si importante, et si difficile. Nous n’y pensons pas assez. Nous ne sommes pas pleinement engagés. Nous pensons à manger et à dormir. Nous n’avons pas assez de communication sincère avec tout le monde sur l’importance de la paix, et la nécessité d’arrêter de se battre. Nous voulons la paix, mais à quel point sommes-nous engagés ?

Il est important de réfléchir, chaque jour, tout au long de la journée. Réflexion sur vos actions et vos pensées, matin, midi et soir, pour atteindre un meilleur état d’esprit. C’est bien le but de la retraite, n’est-ce pas ? C’était la pratique et la prière quotidienne d’O-Sensei.

La paix – la paix mondiale – est l’objectif. Mais comment y parvenir ? L’Aïkido nous enseigne à purifier notre propre cœur. Pour atteindre l’objectif de la paix dans le monde, il est essentiel de se purifier et de s’améliorer soi-même. L’Aïkido est exactement cette pratique. L’Aïkido, c’est misogi !

Se contenter d’appeler la paix à plusieurs reprises ne suffira pas. Cela pourrait être simplement un désir égoïste. Nous devons penser à la paix pour le monde, pas seulement pour nous-mêmes. Ne pas seulement exiger la paix des autres pays, mais établir la paix dans son propre pays, et être un exemple pour les autres. Si nous voulons que le monde entier soit pacifique, nous devons faire le travail pour nous polir nous-mêmes. C’est pourquoi nous nous entraînons.

Entraînez-vous pour devenir vous-même pacifique, et pour vous conduire de manière à apporter de la joie aux autres. Quand les autres deviennent heureux et pacifiques, cela apporte aussi la paix en vous.

Je pense qu’il est crucial de parler ensemble avec le cœur. Dire : « Voici ce que je pense. Voici ce que je ressens être le mieux, pour améliorer les choses. » Parlez ensemble assez longtemps pour parvenir à une compréhension. Exprimez votre cœur, et faites s’exprimer l’autre personne. Écoutez attentivement ce qu’elle a à dire. Devenez quelqu’un avec qui les gens peuvent parler et consulter. Demandez aux autres leur avis. Dites : « Voici ce que je pense, mais est-ce que je me trompe ? Est-ce que je passe à côté de quelque chose ? »

Demandez, écoutez, répondez avec le cœur. Pas une fois ou deux, mais chaque jour – matin, midi et soir. C’est Dai Chowa : le cœur de la Grande Harmonie. Cela construira le cœur de la Grande Paix.

Motomichi Anno Sensei

8th dan Aikido Shihan ; Élève direct du fondateur de l’Aïkido

Traduit du Japonais par Linda Holiday

Traduit en français par des outils numériques

Vendre l’amour

【第981回】 愛を売り込む

Chaque matin, je lis un peu de L’essence de l’Aiki ou de Takemusu Aiki. Une fois que j’ai terminé L’essence de l’Aiki, je passe à Takemusu Aiki, puis de nouveau à L’essence de l’Aiki... ainsi de suite. Je ne sais plus combien de fois je les ai lus. Grâce à cela, j’ai commencé à mieux les comprendre. À propos, dans le contexte de l’aikido, comprendre signifie non seulement comprendre intellectuellement, mais aussi être capable d’exprimer cette compréhension à travers la technique. Si cela ne peut pas être exprimé par la technique, alors cela n’a pas encore été compris.

Ce matin, le passage de L’essence de l’Aiki que j’ai lu avait pour titre « Le monde appartient à ceux qui sont dénués de désir », mais c’est le passage suivant qui a fait réagir mon corps. Une réaction du type : « C’est merveilleux, c’est important ».

« Le monde entier a pour fondement l’économie. Ce n’est que lorsque l’économie est stable que la voie peut s’ouvrir. L’économie de notre pays est une seule et même chose que l’esprit et la matière. Au Japon, c’est "vendre" qui vient en premier, et au Japon, on vend toujours "la sincérité", on vend "l’amour". Même dans les arts martiaux, on commence par vendre l’amour, et l’on appelle le cœur des gens. »

Autrement dit, il faut avant tout que l’économie soit stable. En particulier, l’économie du Japon, mais aussi celle de l’individu (ou de la famille). Si l’économie n’est pas stable, on ne peut même pas s’entraîner à l’aikido. Il faut donc avant tout s’efforcer de stabiliser son économie. Ce n’est qu’une fois cette stabilité atteinte qu’on peut se concentrer sur la pratique.

Ensuite, il est à nouveau question d’économie, mais dans le sens où l’économie (les affaires) doit être une union entre l’esprit et la matière. Il ne s’agit pas simplement de vendre des choses matérielles, mais de vendre des choses accompagnées d’un esprit juste. Si l’on vend uniquement pour gagner de l’argent, cela revient à une économie (ou des affaires) fondé uniquement sur la matière, dépourvu d’esprit. Il est désolant que cette tendance soit aujourd’hui si répandue.

Cet esprit, c’est la sincérité et l’amour. La sincérité et l’amour signifient un esprit qui se place du point de vue de l’acheteur, dans le but de lui apporter joie et satisfaction. Il s’agit de vendre un produit en pensant : « Si j’offre cela, cela rendra sûrement l’autre heureux. » On reçoit alors de l’argent (la matière) en échange de cette sincérité et de cet amour que l’on a proposés. L’acheteur est satisfait, le vendeur aussi : c’est une situation gagnant-gagnant.

La question importante vient ensuite :

« Même dans les arts martiaux, on commence par vendre l’amour, et l’on appelle le cœur des gens. »

Que signifie cette idée, dans la pratique martiale en binôme, lorsqu’on applique une technique à l’autre ? Comment "vendre l’amour" et "appeler le cœur de l’autre" dans ce contexte ? C’est ce que je vais essayer de décomposer et examiner point par point.

"Vendre l’amour" signifie, dans l’économie (les affaires), d’abord proposer quelque chose en priorité. Ce que l’on propose en premier, c’est l’amour et la sincérité. Cela signifie utiliser les techniques avec amour et sincérité. Alors, qu’est-ce que l’amour et la sincérité dans les arts martiaux ?

L’amour, je le comprends comme l’amour universel. C’est l’esprit de la création, du développement et de l’harmonie universels, un amour accordé sans distinction à toutes les choses de l’univers. Les êtres humains ont pour mission d’aider à la construction du paradis terrestre par la création et le développement, et c’est pourquoi ils peuvent entrer en résonance avec l’amour universel. En s’unissant à l’univers, on vend cet amour à travers les techniques.

Par ailleurs, la sincérité est, selon moi, la vérité. C’est l’ordre des choses dans l’univers, les lois universelles. Utiliser les techniques selon ces lois, c’est "vendre la sincérité".

En transmettant cet amour et cette sincérité par les techniques, la pratique devient un moyen, pour les deux parties, de contribuer à la construction du paradis, tant sur terre que dans l’univers. L’autre personne entre en résonance avec l’amour et la sincérité exprimés par les techniques, et les suit naturellement. C’est ce qu’on appelle, selon moi, "appeler le cœur de l’autre".

Sasaki Takashi

Sasaki Sensei affirme dans ces textes que « l’entrainement en Aikido vise à développer des organes extrasensoriels, y compris des capacités télépathiques, et en ce sens, l’Aikido peut être considéré comme « un lieu de rite secret ouvert » En d’autres termes, l’Aikido est un lieu de rites secrets visant à développer des organes extrasensoriels appelés, « HIMOROGI IWASAKA ».

Le Himorogi désigne des arbres toujours verts érigés autour d’un lieu de culte pour créer un siège divin, et Iwasaka désigne un siège divin constitué de pierres. »

La vraie pratique de l‘arc nous amène à développer aussi le « Himorogi Iwasaka ».

Ainsi en pratiquant correctement ( ki hon ) on forme un corps harmonieux ouvrant la voie vers les niveaux supérieurs de la pratique spirituelle.

bernard

"Le jour du murmure bleu"

Choo Moo Kheon

L'entraînement et la vie sont romantiques

【第2回】 稽古も人生もロマンで

Texte de Sasaki Takashi Senseï professeur de Bernard Bleyer

Les pratiquants d'aikido et d'arts martiaux peuvent être considérés comme des romantiques. Ceux qui s'entraînent dans ces disciplines ont chacun leurs objectifs et s'efforcent de les atteindre. Cependant, même lorsqu'ils s'en approchent, de nouveaux objectifs apparaissent, et même lorsqu'ils pensent être proches de leur but ultime, ils se rendent compte qu'ils ne peuvent jamais l'atteindre parfaitement. C'est en quelque sorte une tragédie, mais aussi une romance.

Les êtres humains sont destinés à mourir. Bien que nous ne puissions vivre éternellement, nous essayons de maîtriser notre voie le plus longtemps possible. La vie, elle aussi, peut être vue comme une tragédie, mais c'est aussi romantique.

L'entraînement aux arts martiaux ne comporte pas de compétitions. Contrairement aux sports, il n'y a pas de règles, donc une compétition signifierait risquer sa vie. Quand j'étais jeune, je m'entraînais seul tous les jours, couvert de poussière. Au collège et au lycée, j'ai tenté de progresser en saut en hauteur, m'entraînant dur avec mes propres idées pour améliorer mes performances. J'ai fini par représenter ma région au tournoi du Tohoku[1] et participer à la compétition nationale.

Cependant, cette expérience a changé ma perception. Dans toute compétition, il y a toujours un gagnant et un perdant. Bien que gagner soit important pour les participants, d'un point de vue global, les victoires et les classements sont relatifs et temporaires, n'ayant pas une grande signification. Cela se résume à quelqu'un qui gagne et devient premier, deuxième ou troisième.

Par la suite, j'ai cherché quelque chose que je pourrais pratiquer toute ma vie. C'est alors que j'ai découvert l'aikido.

Dans les arts martiaux, il est naturel de vouloir connaître son niveau. Mais sans compétitions, il n'est pas possible de classer les pratiquants comme dans les sports. On peut seulement s'imaginer ou laisser les autres imaginer son niveau. Cependant, en touchant la main ou le corps de l'adversaire, ou pour les maîtres et experts, simplement en le regardant, on peut évaluer le niveau de la personne. Par conséquent, il n'y a pas besoin de compétition.

Pour progresser dans les arts martiaux, il faut s'entraîner et pratiquer. Cependant, bien que cela soit une condition nécessaire, cela ne garantit pas de progresser. Par exemple, pratiquer incorrectement peut entraîner une régression. Même en s'entraînant intensément, les progrès sont souvent minimes. Contrairement aux mangas ou aux films, où l'on observe des progrès soudains et spectaculaires, les progrès en arts martiaux nécessitent des années, voire des décennies d'efforts. Même après des décennies, les progrès peuvent être comparés à l'épaisseur d'une feuille de papier.

Le niveau de progression dépend des talents, des efforts, de la chance et de la fixation d'objectifs. On s'entraîne en visant un certain objectif. Parfois, un nouvel objectif apparaîtra, ou on se sentira éloigné de son objectif, mais il est important de continuer à avancer, même lentement. Il est possible de s'approcher indéfiniment de l'objectif, mais malheureusement, on ne l'atteindra jamais complètement. Les maîtres et experts sont souvent les plus forts juste avant leur mort, c'est pour cette raison.

Quand on se compare aux autres ou qu'on est en compétition, le romantisme disparaît. Le romantisme ne peut être poursuivi que dans la lutte contre soi-même. Si l'on cherche à vaincre un adversaire, la victoire devient l'objectif principal, et on peut être tenté de tricher ou d'enfreindre les règles. De plus, la force physique, la puissance ou l'argent peuvent influencer les résultats, exposant ainsi les aspects sombres de la civilisation matérielle. Dans les sports, on peut admirer des exploits techniques, mais ceux-ci ne sont réalisables que pendant la jeunesse et la force physique. Il semble artificiel et vide de penser qu'on pourrait continuer ces exploits jusqu'à 80 ou 90 ans. Voir des personnes âgées en Chine pratiquer les arts martiaux traditionnels me donne envie de continuer jusqu'à 80 ou 90 ans.

Dans la lutte contre soi-même, il n'y a pas de place pour le mensonge ou la tromperie. Seuls les efforts comptent. La joie de réussir quelque chose qu'on n'avait jamais pu faire avant, ou de comprendre ce qu'on n'avait jamais compris, est incomparable. La vie offre une infinité de choses à apprendre et à faire. Même si accomplir toutes ces choses est impossible en une vie, les explorer est une source de plaisir. D'où venons-nous, où allons-nous ? Je voudrais au moins découvrir cela. L'on ne peut tout accomplir ni maîtriser parfaitement une seule chose, mais je veux vivre dans le romantisme de m'en approcher pas à pas.

Sasaki Takashi

[1]     Cette région couvre le nord-est de l'île de Honshū, l'île principale du Japon.

Traduit du japonais par Pablo Jaulin, avec l'aide d'outils numériques