Juste un petit mot
Je est un autre
Je est un autre
Car je est un autre. Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. Cela m’est évident : j’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute je lance un coup d’archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeur ou vient d’un bond sur la scène.
Si les vieux imbéciles n’avaient pas trouvé du Moi que la signification fausse, nous n’aurions pas à balayer ces millions de squelettes qui, depuis un temps infini ont accumulé les produits de leur intelligence borgnes, en se clamant les auteurs!
La première étude de l’homme qui se veut être poète est sa propre connaissance entière. Il cherche son âme , il l’inspecte, il l’apprend. Dès qu’il la sait, il doit la cultiver; cela semble simple, en tout cerveau s’accomplit un développement naturel, tant d’égoïstes se proclament auteurs, il en est bien d’autres qui s’attribuent leurs progrès intellectuel !
Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant.
Arthur Rimbaud
Ce texte de Rimbaud où vous pourriez remplacer « poète » par « archer » « pratiquant » ou « méditant »
Ce texte pour nous ouvrir à l’inconnu existant, comme nous avons bien voulu le faire en trinquant sur un avenir à inventer.
Ce texte pour égayer les mots que vous avez bien voulu partager.
Ce texte qui peuvent éclairer les miens quand je me suis adressé à vous après votre partage.
Ce texte pour rétablir au naturel, ce ventre qui reculait au fur et à mesure que je vous percutais de vent et de feu.
Ce texte pour oublier ces habitudes de refermer sa poitrine devant mes incongruités.
Ce texte pour réduire nos « intelligences borgnes »
Et grandir d’amour, de respect, de vigilance et d’ouverture.
🦋 yusen 🐻
Ardeur
Il n’y a pas un instant dans le temps qui jalonne notre pratique où l’on ne s’observe, se compare, s’évalue et cela dans le grand dédale des consignes. On dissimule ses soupirs, on se plaint en sourdine. Impassible, on jubile au petit trou dans le papier.
On s’écarte du vrai progrès.
Il nous fut dit :
« Ne pense pas à faire des progrès » ou une autre fois « comment faire des progrès ».
Enseignement exprimé d’une fermeté toute féminine comme aimait le faire nos professeurs, dans leur âge mûr de toute une vie de pratique.
Souvent sous nos contrées, ce qui ne sonne pas fort ni argumenté, s’efface sans être respecté.
Mystérieuse information, j’en conviens. Toute paradoxale, elle demande une certaine réflexion.
On pourrait approfondir, se poser des questions, « agir des méninges ». La plupart du temps le pratiquant démissionne et oublie la suggestion dans une attitude confortable de l’isolement et de l’indépendance. Il y reviendra peut-être 10 ou 15 ans plus tard, s’il a la chance de s’en souvenir ou la bonne fortune que le professeur veuille bien le redire. Peut-être à ce moment-là n’était-il pas prêt tout simplement à entendre cela.
Ainsi la mémoire s’affirme en atout.
Pourtant l’évolution, ne s’exprime pas toujours en terme d’augmentation de nos succès.
Nous pourrions respecter nos échecs, trésors bien trop négligés.
L’émotion qui s’en dégage s’inscrit trop souvent en tragédie et elle demeure longtemps comme une plaie virulente et poisseuse alors que le revers, le déboire sert de moteur pour nous impliquer, nous aventurer plus.
Point linéaire se déroule notre cheminement, ni la poursuite d’une plus-value, d’un accroissement de nos scores, ou de résultats déjà trop infectés, laissons cela aux idéologies de l’économie consommatrice des gains à perpétuité. De toute façon, le temps rempli de son impermanence se chargera bien de chambouler nos programmations de stratégie du progrès. Merci à lui !
Depuis déjà trop longtemps, la terre souffre de cette idéologie trop ancrée en nous. On pratique justement pour s’en détacher afin que notre espace puisse se consacrer à sa mission primordiale. Nombreux sont ceux qui refuseront cela, trop conditionnés, rigides et attachés
seulement à l’exotisme de l’étude.
Le glorieux va se situer dans l’ardeur de la répétition, dans cette joie vivante à trébucher, à se relever vaillant, hardi et intrépide. Oui il nous faut pratiquer la voie, celle qui a bien voulu s’installer sur notre chemin de vie. Et dans une grande attention, la regarder avec gratitude de s’être mis en travers de ce chemin commun, stéréotypé et sans issue.
Vous pourriez peut-être dire un jour comme je le dis pour moi même :
« Elle m’a sauvé ! »
Cette piste, ce passage, naquit d’une passion instinctive. Nos maitres, l’ont débroussaillée, explorée, réalisée parfois et nous l’offre maintenant.
Remplie d’un cœur immense, centre spacieux des créativités aimantes et d’une humanité réelle, visible et invisible, prenons la route, suivons son sillage et fructifions-le en pratiquant encore et encore.
Elle se nomme, Vigilance, Engagement, Respect, Mémoire…
Ces qualités, fondement de la voie, imprègnent nos gestes. Le processus se déroule construisant en nous peu à peu cet espace libre, créatif et bientôt joyeux.
« L’échec est le fondement de la réussite »
Lao Tseu
La vigilance
Elle se répand autour de nous du dedans vers le pourtour en traversant notre peau. Si le regard y contribue, il s’érige comme une entrave, car celui-ci stagne les yeux morts, trop dépendants d’un mental la plupart du temps rempli d’illusions et de croyances.
La vigilance, se construit par une avancée du dos que nous emploierons au fil du temps à élargir. ( H i b i k i ) Ainsi de cette sensation, l’intuition grandira.
Un pas, disions-nous, un bel appui rempli de politesse et de gentillesse. Le pied se déroule et s’il n’est point encore ami de la terre, sa plante en complice recevra cette nourriture que le sol dispense à tous sans restriction. « la Plante » quel joli mot …. Un écho.…
Alors, la vigilance apparait, pointe, grandit, se manifeste par un regard intérieur qui jaillit d’un silence instruit de lui-même, une ouverture libre des apparences.
« La chute n’est pas un échec, l’échec
c’est de rester là où l’on est tombé »
Socrate
L’engagement
Quelle belle audace, si tenace, se lever tous les matins comme un soleil entreprenant et pouvoir sortir d’un confort agréable mais si périlleux. Armé de courage, on dépose les choses trop bien éduquées, prudentes et flatteuses.
Les grands artistes diffusent leur engagement dans leur œuvre qui nous tirent dans le monde nourrissant de l’imagination.
Ainsi nous nous frottons dans les mouvements de la pratique en nous jetant dans ses règles et en améliorant leur vécu.
Sans jamais abdiquer il se teinte de tendresse avec l’âge tel un élixir de jeunesse.
« Les échecs, c’est La pierre de touche de l’intelligence »
Goethe
Le respect
Dans le grand monde des Vertus, le respect possède une place immense et privilégiée.
Noble dame, une Reine-Mère imprègne l’étude. Sans Elle, sur un terrain tout plat, sans engagement, sans dévouement, rien nous ne pousse vers des hauteurs insoupçonnées.
D’innombrables petites attentions s’écoulent. Un mélange de vigilance…de mémoire…de promptitude, de gratitude bondissante et chaleureuse, où l’on se sent protecteur, innocemment protecteur, désintéressé et aimant. Le respect prévoit, anticipe, jamais dans une forme ni un apparat.
Le grand respect, l’immense respect deviendra cette présence à chaque chose et chaque instant de nous même dans une révérence à l’invisible, un hommage à l’insignifiant, toujours du coté de l’amour.
La capacité imaginative de se mettre à la place de quelqu’un et même de pouvoir s’y glisser pudiquement comme un rai de lumière à la tombée du jour. Cela devient une manière de vivre.
« Je ne perds jamais, soit je gagne soit j’apprends »
Nelson Mandela
La mémoire
Nous savons tous qu’avec l’âge, la mémoire décline. Notre monde moderne abrite de plus en plus ces altérations du mental où les empreintes s’effacent dans un désert de solitude.
Cultiver sa mémoire en appliquant encore et encore toutes les instructions par une attention extrêmement pointue, sincère et surtout sans y rajouter son analyse ou sa traduction.
« Le succès c’est d’aller d’échecs en échecs sans perdre son
enthousiasme »
Humanité
Et quand la vieillesse s’abat inexorablement sur notre corps, nous continuons à baigner dans la danse choisie.
Alors, dégageons sur notre entourage tout le flamboiement attentionné d’une vie passionnée.
Que ta valse exaltée ne serve à rien
Que tes prières bercent les étoiles endormies
Que les grains d’or de ton chapelet
Fondent sous tes doigts ardents
Bouge emporté par l’admirable rêve éclos
Tourne comme un soleil, jamais levant, jamais couchant
Remplis toi, sans gloire aucune
Appelle et ne garde rien
Ourse Papillon
Le respect
Une grande Humanité par un bref survol du respect…
Dans la sagesse populaire au Japon, il est néfaste pour un bébé que l’on parle de lui en sa présence, tout en l’ignorant.
En occident que de peines accumulées par le petit enfant qui se blinde devant ses parents alors que ceux-ci dévoilent à l’entourage les émotions intimes du bambin et cela en sa présence.
Les sketches humoristiques si en vogue de nos jours, se perdent souvent dans des vulgarités séduisantes car dans nos pays on aime à critiquer et affirmer nos raisons dans l’avidité à rire des autres.
La langue moderne avec ses profusions de « je » qui entament la phrase, favorise ces états d’effusion sans écouter. A la différence, quand le verbe conclue la tirade, on attend au moins que celle-ci se termine pour pouvoir y répondre.
Les grands clowns habillent de poésie leurs dérisions,
débarrassées des irrévérences.
Oui, le respect est dans le corps qui écoute, dans les yeux qui captent alors que l’on se tait autant dans sa tête que dans ses mots.
Il ne peut être un marchandage, car il embaume notre cœur, pour chaque chose sur laquelle on pose notre regard, surtout quand l’objet regardé n’est point répertorié par la société ou le groupe comme respectable.
L’écoute est courtoise, attentionnée, parfois pieuse et fidèle, toujours donnante.
Le respect est une manière de vivre sans avidité.
C’est la façon que l’on a, de s’offrir sans attendre un retour.
La peur ne peut l’habiter et dans ce cas le détériore. Si parfois un peu de crainte teinte le regard perplexe, celle ci peut s’ajouter au mystère de la relation.
Quand le silence monte, les effluves attentionnées circulent
et les intervalles tranquilles relient
Yusen ![]()

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