Juin 2024Juste un petit mot

SHO RIN ZETAÏ et MISOGI

MISOGI*

Dans la grande ronde de nos disciplines, nos émotions, nos sensations, nos envies, nos idées, notre engagement fluctue inévitablement.
Des moments enthousiastes aux questionnements sans réponses, dans les certitudes et les doutes, par les convictions et les rengaines collectives nous voguons ainsi dans notre pratique.

L’esprit vaque ainsi car c’est son penchant et sa nature de vide attire le remplissage.

Là pourrait apparaître chez le pratiquant une introspection salutaire qui pour la plupart d’entre nous est impossible à entamer. Mais ce n’est point de ce propos dont je voudrais éveiller l’attention.

De nombreux débutants se donnent, s’investissent et poursuivent une quête incertaine et oscillante. Quelque chose les astreint, les détermine, objet bien inexplicable.
Ils tentent jour après jour d’en déchiffrer les causes, se regardant faire et ne sachant prendre appuie que sur un intellect extrêmement versatile.
Parfois la tentation de contrôler cette attirance prend trop de place et celles et ceux qui croient y arriver, quittent tôt ou tard afin de répéter une romance ailleurs. Le passage aura laissé une petite écharde parfois bénéfique, parfois douloureuse.
D’autres poursuivent avec courage malgré les embûches qui ne finiront pas d’augmenter.
La romance ayant payé son dû, surgit alors un essoufflement de la motivation qui va nous mettre à l’épreuve. Dans cette zone les choses cachées affleurent et les rôles tenus ne suffisent plus à masquer les attitudes perverties. Ce sera une nouvelle sphère qui en fera quitter de nouveau un certain nombre pour une autre ritournelle plus douce, plus permissive.
Si l’on passe ce cap, on touche alors une sorte de renouveau. L’authentique pratique est là pour nous révéler et entamer le « misogi ».
Il nous faudra une nouvelle romance, plus audacieuse, plus profonde, plus vraie … pour poursuivre.
La pratique décèle les barreaux de la cage qui nous abrite. Les dévoiler sera les premières avancées vers un Soi encore largement dissimulé. Il est probable que plus les barreaux sont solides et épais, plus le trésor intérieur est grand.

Yusen


*Misogi : purification

SHO RIN ZETAÏ *

Bien sur le jeu des prises de parole pour tenter de s’exprimer est bien ambigu. On s’y risque, la pression du groupe et du professeur étant non négligeable. Cela amène le plus souvent des mots trop entendus ou trop attendus.
Le mystère de l’arc est noyé dans le flot du discourt qui se veut sensible, attentionné, intelligent et sensé.

Ainsi les paroles sont tellement prévisibles.
Pourtant la profondeur de notre pratique est justement qu’il n’y a rien à sentir, rien à comprendre, rien à voir. Il suffit seulement de Faire, non point parvenir, juste faire, appliquer. Que l’on soit bancal ou incapable, habile ou astucieux, débutant ou ancien, peu importe car il s’agit de Faire chacun dans son possible. S’en acquitter à sa mesure du moment sera la tâche. Tout désir, tout écart, tout autre projet est justement l’entrave à Être.
C’est là, qu’y réside le tir.
Ainsi le Dire jaillit et la joie conviviale du tour de table s’acquitte de sa mission chaleureuse.

Anecdote :
je me souviens au vieux Dojo de ce vieux monsieur, pratiquant de longue date et proche du vieux maitre. Il pratiquait d’un manière humble et discrète. Quand il arrivait au Kaï, il tremblait étrangement puis il lâchait sa flèche dans un désordre incompréhensible. Il faisait quelques flèches toujours avec le déroulé à genoux. Je ne l’ai jamais vu atteindre sa cible. Mais tout néophyte que j’étais dans ce monde de l’arc, je ne pouvais pas échapper à cette ambiance qui l’entourait et qui m’émouvait très profondément. Je me suis dit que là, pouvait peu être résider l’essence de l’arc et la joie de tirer.

Une fois O Uchi Sensei disparu, Suzuki Sensei est devenu le maitre du Dojo. Il ne manquait pas d’inviter lors des Tai Kaï, ce noble monsieur a diriger le salut.

Yusen


* absolument regarder droit devant soi