Petit Vallon

Petit Vallon

Le secret du Petit vallon

Jadis l’eau courait par ici.
La pierre bleutée garde encore son empreinte, un sillon, griffe de l’eau et du temps sur le roc marbrier. Mémoire de roche, pudique discours , fait de silence, de présence et de traces. Pourtant, de ses entrailles des émanations comme des volutes très légèrement cendrées, insaisissables et nourricières se dispersent encore alentour.
Il y a bien des lustres, des êtres de passage remplis d’arc en ciel furent engloutis là, dans une éternité. Désormais ils diffusent leur lumineuse et étrange présence. La crinière de laurier vint bien après, haleine solaire s’extirpant du fin fond de la masse calcaire, s’installant là quand la source fut tarie, en relai complice, offrande... semant graines et feuilles.

Aux pieds de la masse, le « petit jardin » naguère encore en bassin d’eau claire, écoulait ses eaux limpides dans la pente et façonnaient déjà le petit vallon. Certaines nuits remplies de la grande lune, quelques fées dansaient sur l’onde, puis rinçaient leurs chevelures d’or qui scintillaient sur des corps d’ambre. Leurs rires frais résonnent encore dans les volutes couleurs de cendre.

A la fin du jour où le soleil a touché son apogée, remplissant les nues d’un blanc brulant, on déposait sur l’eau claire quelques offrandes, fleurs sauvages de l’été cueillies avec égard dans la fraicheur du petit matin. Quelques herbes aromatiques étaient brulées dans un feu qui se voulait céleste. Ces essences enivrantes se mêlaient aux prières et aux chants évoquant les joies et les peines de la vie dans une ronde chantante et gaillarde.

Désormais et encore pour longtemps, le petit vallon se penche jusqu’à une large lisière de grands arbres. Leurs cimes caressées de ciel dévoilent un dessein, une brèche. Quelques papillons aux ailes albes furètent au raz de la prairie dans un vol incertain et pourtant choisi. Leur nature gracile touche et remplie l’espace jusqu’aux nues.

Les fées ne semblent plus venir et se sont endormies dans quelques lieux inaccessibles, attendant de jours meilleurs que les offrandes refleurissent.

Adossé au rocher, le nouvel arche trouve doucement sa place et les forces enfouies qui hibernaient, pleurant l'absence des fées, s’avancent maintenant pudiquement et curieuses devant quelques appels courtois. Des vagues remplies de vent se tendent, parfois se tordent, maladroites dans cette rencontre étrange. Le petit vallon telle une piste d’envol, ouvert sur un ciel limpide, libèrera les joies libres encore trop contenues. Cette prairie légèrement pentue et parfois suspendue, glisse imperceptiblement comme pour ne rien retenir de ses anciennes eaux claires. Elle appelle, remplie d’un tendre sourire enchanteur.

Et de l’autre côté du petit vallon, un autre en miroir, il y a bien longtemps au sud du sud gouttait, une petite source d’eau pure. Y fleurissaient quelques brins de cresson.
 Des instincts clairs s’éveillaient. Les dix ans sonnaient dans le ravin bleu. Les grands cèdres de l’Atlas trônaient majestueux et nobles ignorant la guerre des hommes.

Chère Enfance, sans regret tu peux toujours être présente de ta lumière.

Le chant qui en jaillit maintenant, ne peut qu’émerger de cette aube de vie quand les muses habitent encore les yeux frais des premiers âges.

Bernard