Mot du jour - février 2018

Neige

Le gris des ramures s’est chargé d’une langue blanche, tendresse caméléon au ciel qui a disparu dans ses effluves diaphanes. De frêles pépites opalines bercent l’air et se déposent délicatement. Les herbes vertes qui ont cru à un timide élan printanier et qui s’étaient dressées comme séduites par la branche fleurie du prunier, se recouchent dociles. Enveloppées dans un édredon de ciel, elles semblent goûter l’intériorité d’une dormance toute hivernale. 

Ce qui ne semble pas affecter, sans aucun doute les bouquets, délicats pétales roses qui se dressent fièrement sur leur branche. Emissaire de printemps, le prunus s’est paré d’un chapelet de bourgeons à la pointe rosée. Déjà la pousse dévoile la fleur. 

Il y a dans la raison hivernale une puissance pudique. Un dedans et un dehors semblant fusionner,  étayés par les troncs de la forêt immobile, enveloppée maintenant d’un épais voile de neige. Fusion toute illusoire puisque jamais désunie, mais se révélant à cet instant à mes yeux. 

 Les flocons s’activent, se pressent, se resserrent, ajoutant à l’opacité ambiante et invitant à se découvrir dans une intériorité immaculée. 

La vie d’un flocon est une danse. Il tournoie dans une descente inéluctable, toute à son individualité lumineuse pour rejoindre sa multitude. Ephémère dans un vol  de pesanteur,  il remplit sa mission mystérieuse, la farandole du multiple.

La couche s’épaissit étalant une douce quiétude se mariant au silence serein des arbres. 

Là, comme une missive incompréhensible, son sens imprègne, pénètre. L’apparence glaciale est un embrasement joyeux et calme, langage que je pourrais désormais faire mien : juste avouer et taire définitivement toutes les poussières gluantes de la raison. Alors, cessant seulement de Les  deviner, je pourrais enfin danser de temps en temps avec Dieux et Démons, alliés de toujours devant les hommes. 

L’utilité d’un seul brin de neige peut faire son œuvre, un chant chaste et vivifiant que l’on pourrait dans cette occasion unique, laisser fondre dans nos corps conçus à cet effet.

Bernard